Transports Aléop : colère et incompréhension à La Chevallerais

Lundi 26 janvier, 28 usagers chevalleraisiens des transports Aléop ont répondu à l’invitation de la municipalité pour échanger sur les difficultés rencontrées depuis la suppression du passage de la ligne 311 dans la commune, début janvier. Une réunion dense, marquée par de très nombreux témoignages, révélant un profond malaise.

Jusqu’au 5 janvier, La Chevallerais bénéficiait de deux lignes régulières : la 310 et la 311. Désormais, seule la 310 dessert la commune, la Région Pays de la Loire mettant en avant un renforcement de cette ligne et le recours au Transport à la Demande (TAD).

Dans les faits, pour les habitants, le bilan est très largement négatif. Saturation des cars, suppressions d’horaires, correspondances complexes, absence de solution fiable : les témoignages convergent tous vers une dégradation nette du service. « Ils ont divisé le problème par deux en divisant le nombre de bus par deux ! », résume Pierre-Yves, non sans ironie.

Des cars bondés, parfois complets, qui ne s’arrêtent plus

Premier constat unanime : la surcharge des cars, notamment le matin. Noah est lycéen à Rezé : « Parfois, les bus sont complets et ne s’arrêtent pas, notamment à 7h26 et 8h50. Et il n’y a plus rien après 8h50. Si je commence à midi, je dois prendre celui de 8h50. ». Même situation pour Fabienne : « L’autre jour, le bus de 6h50 n’est pas passé, celui de 7h était plein. Mon fils accumule les retards et les absences. » Catherine, mère de deux étudiants, raconte :
« Les cars ne s’arrêtent pas toujours. Un jour, le car est passé vide sans s’arrêter alors que mes enfants faisaient signe. » Une situation génératrice de stress permanent : « Tous les lundis matin, c’est la boule au ventre : est-ce qu’ils vont pouvoir monter ? », confie une maman.

Des horaires devenus incompatibles avec les études et le travail

La suppression de nombreux créneaux pénalise fortement élèves, étudiants et actifs. C’est le cas pour Guillemette, lycéenne : « Le car de 7h arrive à 7h10, je suis en retard. Le dernier le soir est à 18h47. Si je finis à 18h, je n’ai pas de car. » Romain, étudiant, complète : « Quand je commence à 14h, je ne peux plus y aller. Et quand je finis à 18h, je ne peux plus rentrer. » Olivia, salariée nantaise, a dû repenser ses trajets domicile-travail et ses horaires : « Avant, je prenais celui de 18h à la gare. Désormais, je devrais partir 25 minutes plus tôt du travail. Impossible à négocier : je prends donc ma voiture tous les jours pour aller à Héric. » Pour Mayeul, lycéen, même le week-end devient compliqué : « Le samedi, si on veut aller sur Nantes, on doit se lever hyper tôt pour prendre le bus de 8h50. Il n’y en a plus après. »

Blain devenu inaccessible : une rupture territoriale

Autre conséquence très mal vécue : la disparition des liaisons entre La Chevallerais et Blain. Julie évoque une « perte d’autonomie pour les ados ».  Béatrice était une habituée de la ligne, elle doit désormais composer : « Avec la suppression du 311, on ne peut plus aller faire de courses à Blain. On est coupé de Blain, comme si on ne faisait plus partie de la communauté de communes. »  Une situation jugée incohérente par plusieurs participants : « Pourquoi ne pas avoir imaginé une ligne Blain–La Chevallerais–Nantes et une autre Blain–Héric–Nantes ? », interroge Béatrice.

Le Transport à la Demande : une solution théorique, une réalité très complexe

Présenté comme une alternative, avec une réservation la veille du trajet souhaité, le Transport à la Demande (TAD) est loin de faire l’unanimité.  Marina témoigne : « En réalité, il faut parfois réserver jusqu’à 15 jours à l’avance. Sinon, la voiture est déjà prise. »  Aurélie, maman d’une apprentie regrette que « le TAD ne fonctionne pas quand on est sur une ligne régulière. On nous demande d’utiliser un service qui n’est pas réellement adapté. » Fabienne souligne une incohérence : « Pour les Chevalleraisiens, le TAD ne s’arrête pas au Cardo mais à François Mitterrand, alors que pour les habitants d’Héric, il s’arrête au Cardo. » Romain ajoute, un brin provocateur : « Quand on utilise le TAD, on ne dit pas que c’est pour aller à l’école, sinon on doit payer en plus. On est obligé de mentir. »

Stress, retards, absentéisme : un impact direct sur la scolarité

Les familles décrivent des situations lourdes de conséquences. Christelle : « Mon fils est souvent absent. Or, l’absentéisme, ça compte pour la suite des études. »  Mickaël, père de deux enfants : « Le lycée a convoqué ma fille et lui a conseillé de devenir interne car elle était arrivée en retard pendant trois semaines. Désormais, elle arrive à 7h30 pour commencer à 8h30. » Sandra : « Mon fils a failli rater son bac blanc à cause d’un car qui était plein. Il est arrivé stressé à l’examen. » Pour Nadine, la solution a été radicale : « On a finalement pris un appartement à Nantes pour notre fille. C’était devenu ingérable. »

Une dépendance accrue à la voiture, à contre-courant des enjeux environnementaux

Nombreux sont ceux qui expliquent avoir repris leur voiture quotidiennement. Lydie :
« On nous parle d’écologie, mais on nous pousse à reprendre la voiture. L’argument des transports en commun ne tient plus. » Céline : « J’ai dû prendre trois fois ma voiture en une semaine. On m’a même conseillé de prendre un taxi. Un trajet Nantes-La Chevallerais, c’est 100 €. » Jade, étudiante : « Il m’est arrivé de faire du stop faute de car. »

Manque d’information et absence de réponse

Autre point régulièrement soulevé : le déficit d’information en cas de problème. Stéphanie :
« À la SNCF, au moins, on reçoit des notifications ! » alors qu’avec Aleop, « on attend, on attend, mais on n’attend rien », souligne Léa. Plusieurs usagers expliquent n’avoir reçu aucune réponse à leurs mails adressés à Aléop ou à la Région Pays de la Loire, gestionnaire du service.

Au fil de la soirée, un constat s’est imposé : La Chevallerais subit une forte perte de service, sans solution réellement adaptée en compensation. Les usagers réclament une correction de la programmation des lignes à La Chevallerais. « Je suis à deux doigts d’arrêter de prendre le bus. On paye pour rien », conclut Léa ».

La commune a adressé ce mardi matin le détail de l’ensemble des témoignages des 28 usagers à Aléop et au conseiller régional en charge des transports.

Une partie des usagers présents ce lundi soir en mairie de La Chevallerais, accompagnés de quelques élus.